Mon encrier est gelé

Un pâle soleil d’hiver porte son regard sur mon monde, dans une aquarelle de nuances pâles caressée au couteau d’un vent glaciale. Un tract de “Lutte Ouvrière” trop vite replié au fond de ma poche, je descend l’avenue sans la voir, les yeux perdus au fond de mon illusoire, la tête ailleurs, ignorant avec insolence ce quotidien qui m’agresse, sans cesse.

Je fais front, fier devant les regards en coin, la tête faussement en l’air, de rien. je m’applique à négliger tous ces détails qui dépassent de cette silhouette au fusain que je traine avec peine sur les trottoirs de Babylone.

Big Brother m’épie, étudie mon comportement, analyse mes réactions, tente de maîtriser mes pulsions, de me guider dans son grand marché. Et quand bien même je m’égare un peu trop loin des lampadaires et des enseignes fluorescentes, que déjà je trouve le bleu d’un képi pour me ramener à la vie, la vraie, la leur.

Je ne suis pas une exception, je suis la masse et mes champignons.

Je croyais maitriser le verbe, être cultivé, je ne suis qu’anal-phabète, sans diabète (?), prétentieux en chaussettes trouées. Les orteils qui dépassent dévoilant la crasse de mon intimité, de pilosité en mycosité, la peau arrachée et les ongles rongés d’ennuis dans des chaussures trop serrées, bien à l’ombre sous le bureau de mes lamentations. Se tourner vers dieu pharmacien et ses labos en bourse, apaiser mon malaise de crèmes et de foutre, et combler mon ignorance par le vide de l’appartenance. Homéopathie intellectuelle, surtout pas trop d’un coup, procédons par petites touches, ménageons mes méninges, du vaccin la souche est dans le sang des singes. Élevage industriel entre nos doigts de pieds, notre liberté coincée dans de trop chers souliers, vernis et éclatants mais beaucoup trop serrés. Cultive l’âme et la terre ou crève dans ton vomis, consommateur pourri, gavé de Vache Qui Rit, Patchamama te nourrit mais n’aura bientôt plus la force de supporter ta merde et ton mépris.

Canicule et Mafia

Le soleil au zénith, pour un coup de soleil sur la chauvitude innocente du ministre des finances. Coup de chaud sur le crâne de tout les amalgames, pouvoirs publics, fortunes privées, la belle éthique à l’UMP, la république des friqués. Une Mafia à la Présidence, des médias en décadences, les procureurs sont dans la danse, tout le monde dans la connivence, vous y gouterez si vous savez garder silence et confidences.

Changement de peau

Ca y est mon blog à muer. Il parle désormais comme un homme, vous savez de ceux qui en ont, qui pissent plus loin que leurs voisins, ceux qui suent la vulgarité du monde de leurs pores obstrués de graisses de synthèse hybrides entre monde végétal et animal. Ceux qui depuis la nuit des temps violent terres, femmes et enfants, pour la futilité d’un honneur d’apparat. Droit devant dieu, le regard bas devant l’Humanité. Ceux qui spéculeraient sur le cul de leur mère, qui ont mis leur âme en bourse, corrompu leur cerveaux, qui guident leur vie à la torche blafarde de la croissance économique, qui orientent leurs idées grâce aux positionnements célestes des 51 étoiles du drapeau du monde, du monde libre, développé, occidental, multinationalisé jusqu’à l’os.

Fini le temps des idéaux naïfs, mon blog se fait pragmatique, centré sur ses propres problèmes, cynique, ironique, mon blog a grandi, c’est devenu un adulte occidental, avide de justice et d’égalité mais terriblement assoiffé de Coca-Cola. Il a pris des poils aux couilles, et des habitudes consuméristes éco-assassines.

Il était le reflet de mon âme - R.I.P mon Asus F3JM


La Sidération

Stupeur. Alors que mon OM 2012-2013 caracole en tête de la Ligue 1, que Neymar et Eden Hazard enflamme ma coupe d’Europe virtuelle des coachs du dimanche, bref, alors que j’excelle dans ma partie de Football Manager 2010, soudain, mon écran se strille de fines diagonales rouges… Le choc durera plusieurs secondes, jusqu’à ce qu’un clignotement inquiétant vienne me confirmer mes pires effrois. Il est en train de me lâcher.


Le déni

Mais non, il peut pas, il a pas le droit. Me laisser seul comme ça, interrompre sans crier gare un OM-Lille des plus fameux… Mais c’est pas possible, je vais rebooter ca va musser, allez c’est qu’un mauvais rêve… Il va pas me lâcher là maintenant, 4 ans après. Avec son hygiène de vie il aurait du finir centenaire, la bombe à air comprimée anti poussière, les lingettes nettoyantes sans solvant…


La colère

Non mais forcément faut qu’il me plante maintenant. Tu parles, ça vaut le coup d’en prendre soin. Tu comptes sur lui, tu lui bichonnes un Ubuntu personnalisé à souhait, adapté à toutes ces caractéristiques, tu lui donnes tout l’amour qu’un homme peut donner et voilà… Cet enfoiré me lâche en plein match important. Je fais comment moi maintenant? je joue à la marelle? je surfe avec mon n95? On peut vraiment pas compter sur des composants électriques.


L’abattement

On avais tout fait tous les deux, et il me laisse seul. Comment je vais me relever? Compiz et les merveilles du monde libre, c’était avec lui. Les nuits sur FM en réseau, c’était avec lui. Il était le reposoir naturel de mes doigts fins qui s’agitaient, en harmonie avec les plastiques qualiteux taïwanais. Il était l’Outil, comme Néo est l’Élu, avec une dalle en 1640*1050 pour un 15”4.


La résignation

De toute façon fallait s’y attendre. 4 ans d’efforts quotidiens, sortir du sac, ouvrir, replier, remettre dans le sac, trimballer etc. Ca use. Même les plus robustes et méritants. Même les G-Force 7600. Il en a vue de la bande passante et de la bidouille, de l’aptget, et même des ghosts de partitions avec Partimage. Ce n’était pas mon tout premier, j’ai connu avant d’autres conquêtes, mais je dois bien l’admettre… c’était ma plus belle histoire.


L’acceptation

Pffff voilà ça devait arriver et c’est arrivé. Il faut bien admettre que je ne l’ai pas épargné, faut dire que je lui en ai demandé des choses. Sans arrêt, il fallait que je sache, que je suive cette actualité débordante des nouvelles technologies et tout cette activité commerciale et mensongère qui s’en suit. j’étais exigent, il ne me décevait pas, lui, avec ses 2Go de RAM. Ne retenons que les bons moments, et qui sait dans quelques jours, arriverais je peut être à l’oublier, avec dans mes bras un Vaio taillé sur mesure.

Ma vie selon Saez, confessions en toute groupitude assumée, Sur Désinvolt